Visages
L’image quitte son cadre et devient présence.
Mons en Lumières · Mons · 2024
Visages est né d’une réinterprétation du travail de Laurence Vray autour des chlorotypes.
Dans ses œuvres, des feuilles d’arbres et de plantes — figuier, mûrier de Chine, topinambour, lilas, hibiscus… — deviennent des surfaces photosensibles grâce à la chlorophylle. Une image posée sur transparent y est exposée longuement au soleil, entre quatre et dix heures, jusqu’à s’imprimer lentement dans la matière même de la feuille. L’image n’est pas simplement déposée sur le végétal : elle semble en émerger, comme si elle en faisait intimement partie.
Ces chlorotypes sont des œuvres fragiles et vivantes. Parce qu’elles continuent d’entretenir un lien direct avec la lumière, elles ne peuvent être exposées durablement au jour sans risquer de voir l’image s’effacer. Elles portent en elles une relation précieuse, lente et évanescente entre la lumière, le temps et la matière.
C’est à partir de cette logique que Visages a été conçu.
Plutôt que de transposer simplement ces images dans l’espace public, j’ai cherché une matière capable de dialoguer avec leur principe même. La peinture phosphorescente s ’est imposée comme une évidence : elle aussi capte la lumière, la conserve, puis la restitue dans l’obscurité. D’une autre manière, elle prolonge cette idée d’une image qui naît de la lumière et continue à vivre par elle.
Les chlorotypes originaux ont ainsi été réinterprétés à une tout autre échelle, sous la forme de grandes feuilles suspendues dans l’espace urbain. La phosphorescence y agit comme une traduction sensible du procédé initial : le jour, la matière absorbe la lumière ; la nuit, elle la révèle à nouveau. Soutenue par des blacklights, elle rend visible cette présence lumineuse pendant toute la durée de l’installation, tout en conservant, même lorsque la lumière s’éteint, une persistance discrète.
Avec Visages, l’image quitte alors son cadre intime pour devenir présence dans la ville. Les feuilles flottent au-dessus du public, dialoguent avec l’architecture et transforment la photographie en apparition lumineuse.
Visages explore ainsi une continuité entre deux gestes : celui du chlorotype, où la feuille capte peu à peu l’image grâce à la lumière du soleil, et celui de la phosphorescence, où la matière emmagasine la lumière pour mieux la faire réapparaître dans la nuit.
Photographies originales : Laurence Vray
Réinterprétation plastique et lumineuse : Amélie Kestermans
Mons en Lumières, 2024











